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Ancien atelier des Forges et Aciéries Rochling Burbach (Strasbourg)

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11 rue Schertz

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Structure Bâtiment industriel / Usine
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Ancien atelier des Forges et Aciéries Rochling Burbach



Références

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Aw2mw bot

37 months ago
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J'avais juste 18 ans et 7 jours, quand commença ma carrière militaire - forcée - en date du 18 mai 1943. Deux ans plus tard, fait prisonnier par l'armée américaine et faisant plus tard partie d'un transfert à l'armée française je fis connaissance de plusieurs camps à la péripherie de belles villes françaises, dont également Strasbourg.

D’abord, j’y ai fait le déblayeur de feuilles mortes et autres débris à l’orangerie de cette belle ville. Il paraît que je me suis si bien acquitté de cette tâche de “jardinier" qu’ on m’a confié une autre mission, celle-çi truffée de responsabilités encore bien plus importantes; ceci aux »Forges et Aciéries de Strasbourg«.

Je vois encore un complexe de plusieurs halles aux dimensions impressionnantes, dont le sol était dallé de carreaux en fer, et où des barres de fer fûrent transférées en tôle. A cet effet, elles fûrent chauffées à blanc pour être passées entre des rouleaux, également en fer, bien sûr. Ces rouleaux de près d’un mètre de diamètre et de deux mètres de large (sauf erreur et imprévu) étaient en constant mouvement. Ceux d’en bas de la batterie (comprenant une douzaine de paires de rouleaux par halle) ont été mis en mouvement par une machine certainement très puissante.

Quand les barres chauffées à blanc passèrent la première fois sur la rampe, elles ont dû faire 15x15x100 cm, si ma mémoire est bonne. Dès qu’elles sortirent entre les rouleaux, un ouvrier placé entre les deux bras de la rampe la prit avec une tenaille assez longue, et mon rôle consistait à lever la rampe au moyen d’un simple mécanisme à levier. J’étais donc placé juste à côté de la rampe où passait le fer blanc/rouge qui s’allongeait et se tassait à chacqun d’une douzaine de passages entre les rouleaux, et qui se refroidit lentement avant d’obtenir les dimensions voulues. Si la rampe n’etait pas levée au moment précis, la tôle se transféra en zigzag, ce qui était loin d'être apprécié. Il ne fallait donc pas rêver pendant les deux fois quatre heures de service, sauf pendant les 30 minutes de pause…

Au bruit causé de concert par tous les rouleaux de la halle, attaquant les barres et retombant les uns sur les autres, et à la chaleur du fer blanc et rouge passant à côté de moi à courte distance, s’ajoutait le parfum des barres de goudron avec lesquelles les dits roulaux fûrent lubrifiés et qui prenaient feu de temps en temps.

Je n’ai pas, jusqu’ici, eu l’occasion de faire connaissance avec ce que les prêtres appellent “l’enfer” afin de menacer les pauvres croyants et de leur tirer les sous de la poche, mais je pense qu’ils ont dû s’inspirer à cet effet des forges et aciéries de Strasbourg ou autres.

De par mon âge, ma stature et ma nourriture je n’étais que mal destiné à cette sorte de travail. Ce qui fait qu’un bon jour, en pleine action, je tomba dans les pommes, ou plus précisément sur les dalles de fer noires à côté de la rampe. Au moyen d’une brouette destinée en premier lieu au transport de charbon, quelqu’un a dû me carrier en-dehors de la halle, sans que je ne m’en aperçoive et sans que je pus l’en remercier. A un bon moment, je me réveillis au grand air, couché sur un tas de charbon. J’étais consciant, ou quelqu’un me l’a dit, ou j’avais une blessure à faire soigner, que je devais me rendre à l’infirmerie. Pourtant, j’ avais perdu complètement le nord, et j’ errais d’un endroit à l’autre, d’une halle à l’autre, sans m’y reconnaître, ce que je trouvais ni amusant ni instructif.

Quand j’atteris finalement à l’infirmerie, ou quelcun a dû me conduire, on m’y fît coucher sur un espèce de lit pliant, bien plus confortable d’ailleurs que le tas de charbon. Je vis que l’infirmier soignait les blessures des ouvriers mutilés, mais, à mon grand étonnement, je ne comprenais pas un mot de ce qu’ils disaient. J’ai eu beau me dire qu’ils parlaient tous en bon halsacien et non pas en russe ou en polonais comme j’en avais l'impression, mais je n'y pigeais que dalle. Et quand le pharmacien prit sa bouteille de mercurochrome dans son armoire, le glissement de verre sur verre me parût d’un bruit insoutenable.

Alors je me suis dit que ma pauvre matière grise avait pris un coup très sérieux. J’ essaya de me rappeler de mes racines, de mes parents. Ma mémoire d'origine sembla encore marcher - et ça me consola un peu.

Le retour au camp des prisonniers reste à jamais dans les nuages. Je me souviens cependant de ma première grande action au WC de la barraque - c’etait un vomissement gargantuesque. Un médecin fût averti et en conclût à une commotion cérébrale. Il me fit transférer à l’ Hôpital Civil de Strasbourg ou quelques chambres aux fenêtres barrelées étaient réservées au P-d-G.

Ce qui s’est gravé à jamais dans ma mémoire, c’est que les bonnes sœurs qui se chargeaient des patients ont glissé aux pauvres prisonniers les restes de pain (blanc !) que les malades libres et atittrés ont retournés à la cuisine, et que j’en mangeais avec le plus grand appétit et sans la moindre idée de répulsion.

Ceci était après tout une leçon aussi bonne qu’ étonnante. A celà s'ajoute un autre bon souvenir : l'ouvrier à la tenaille m'offrit de temps en temps les restes de son repas à la gamelle.

M e r c i b e a u c o u p, frère et sœurs, pour ces nobles gestes et pour le courage qu'ils impliquaient à l'époque.

Et je prie les éventuels lecteurs de bien vouloir me pardonner si les chiffres et dimensions cités dans mon récit devaient être inexacts. Je n'en ai pas trouvé d'autres en ce lieu et place.