Loading...

2 rue de la Division Leclerc (Strasbourg)

From Archi-Wiki

2 rue de la Division Leclerc

Image principale



Chargement de la carte...

Date de construction environ 1938
Architecte Eugène Rohmer
Structure Immeuble

Date de ravalement 2016
Il n'y a pas encore d'actualités sur cette adresse


Construction (n° 2)1

Date environ 1938

Projet de Tim Helminger (abandonné)

A l'origine, cet immeuble se trouvait à l'angle de la rue des Francs Bourgeois (aujourd'hui rue de la Division Leclerc) et de la rue de la Chaîne.

La demande d'autorisation de construire date du 6 octobre 1937. Elle est accordée par la Ville en date du 31 décembre 1937.

Le commanditaire est une SCI « en voie de formation », représentée par M. Jean Muller, « Villa Anne » à Wolfisheim. L'architecte est Tim Helminger, 8 place d'Austerlitz.

Cet architecte et ce commanditaire ont travaillé ensemble sur d'autres projets à la même période. Jean Muller « négociant » qui officiait vraisemblablement dans le domaine de l'immobilier comme promoteur avait ses bureaux au 22 rue du 22 Novembre. Ils ont travaillé ensemble sur plusieurs projets, tous à la même période 1937-38 : 48 Rue de la Krutenau (1938), 44 rue du Jeu des enfants (1938), 17 rue du Welschbruch (1938), 154 et 156 route des Romains (1938)2.

Le terrain, d'une superficie de 191m², fait partie de la Grande Percée, il est cédé par la Ville à M. Jean Muller. L'acquéreur est assujetti à certains engagements au niveau de son projet, notamment la présence d'arcades pour le passage du public. Quelques années auparavant, l'architecte de la Ville, Paul Dopff, avait édifié les immeubles 10-18 rue de la Division Leclerc, avec la présences d'arcades, le nouvel immeuble se situe donc dans le prolongement et assure la continuité. Le nouvel immeuble doit être « de rapport » c'est à dire destiné à la location, sans autres prescriptions architecturales particulières.

Le projet est soumis à la commission des Beaux Arts qui donne un avis favorable dans son procès verbal du 18/11/1937. L'immeuble s'intègre bien dans son environnement, à une exception près, la présence d'une tour « prévue en rehaussement de la partie du bâtiment formant angle de la rue des Francs Bourgeois et de la rue de la Chaîne ». D'après deux membres de la commission, il faudrait supprimer cette tour pour la remplacer par une terrasse, tandis que les autres membres (17 d'après la liste) sont pour le maintien d'une tour qui devrait toutefois s'harmoniser avec le reste de l'architecture du bâtiment. L'architecte est invité à se mettre en rapport avec Paul Dopff, l'architecte de la Ville, pour trouver une solution3

Les plans ci-dessous sont ceux validés par la Ville. La tour quadrangulaire est maintenue, assurant un signal au coin de la rue.

Plaintes et abandon provisoire du projet

Le dossier comprend plusieurs courriers, adressés à la Ville, ils émanent de deux propriétaires qui aboutiront à l'abandon provisoire du projet. Le premier courrier date du 18/11/1937 il est envoyé par M. Robert Lepain, propriétaire du 7 rue de la Chaîne (situé dans la petite rue à l'arrière de l'immeuble projeté). Il se plaint que la nouvelle construction, faisant 7 étages, prive son immeuble « d' air et de lumière ». Il est totalement opposé à ce nouveau projet et le fait bien savoir. Peu de temps après, une autre plainte est envoyée à la Ville, le 26/11/1937 par le Dr E. Schaaff, propriétaire d'un immeuble au 5a rue des Cordonniers. Les termes sont quasiment les mêmes que le courrier envoyé par M. Lepain, il est très probable que ces deux propriétaires se soient entre-temps concertés.

On signalera que le Dr Ernest Schaaf, spécialiste des maladies des yeux et domicilié 4 Avenue d'Alsace fut aussi le premier client de l'architecte Tim Helmlinger en 1930. Nous le signalons car cela a peut-être joué un rôle dans l'abandon ultérieur du projet mais ce n'est qu'une supposition.

La Ville répond à M. Lepain que le projet conçu par M. Helmlinger est tout à fait conforme aux règles d’urbanisme. La hauteur du bâtiment côté rue des Francs Bourgeois (actuelle rue de la Division Leclerc) est conforme tandis que celle côté rue de la Chaîne a fait l'objet d'une dérogation accordée par le Maire dans les conditions légales.

M. Lepain n'est pas satisfait de la réponse donnée par la Ville, il renvoie un courrier le 4 décembre 1937 en menaçant de s'adresser à la Préfecture.

Mrs Lepain et Schaaf font appel à un avocat, Me Eber, qui envoie des courriers le 18 décembre 1937 à la Ville, puis le 29 janvier 1938 à la Préfecture pour tenter d'obtenir l'annulation du projet.

Parmi ses arguments, l'avocat évoque « une violation de différents règlements municipaux », mais critique aussi l'esthétique de la construction devant comporter « sept étages et elle serait conçue dans le style d'une maison-tour ou gratte-ciel (Turmhaus) en atteignant une hauteur dépassant celle de tous les autres bâtiments du quartier ». Le courrier de l'avocat est constitué de 4 pages d'arguments dans un style assez corrosif. Il juge par exemple le projet « scandaleux » vu la largeur de la rue de Chaîne, même s'il était légalement autorisé par les règlements. La prose de l'avocat évoque des aspects légaux plus ou moins spécieux, esthétisme « subjectif », aspect économique des clients de l'avocat (des aspects de plus-value sur la valeur des terrains) et envolées lyriques sans d'autres effets que littéraires.

Dans sa réponse du 10 janvier 1938, la Ville informe l'avocat que sa demande est non recevable. Le permis a été accordé de façon réglementaire avec l'accord pour la dérogation de la commission des beaux-arts. La Ville juge le projet « loin d'être “scandaleux” et loin de présenter une “tare”, il garantit un aspect local bien acceptable ».

Dans sa réponse du 29 avril 1938, la Préfecture répond que le permis de construire est en tout point conforme à la réglementation, y compris la dérogation accordée par le Maire. « Dans ces conditions, la décision attaquée de M. le Maire de Strasbourg n'appelle pas d’intervention de la part de l'administration ».

Le dossier d'archive ne contient plus d'autres documents concernant cette affaire ni le projet immobilier. Le projet aurait donc dû se poursuivre avec le duo d'architecte et commanditaire ci-dessus nommé.

Pourtant un doute subsiste, l'immeuble réellement construit et que l'on trouve aujourd'hui au 2 rue de la Division Leclerc ne correspond pas tout à fait au projet de Tim Helmlinger.

Reprise du projet par Rohmer ?

Même si nous ignorons la date d'achèvement de l'immeuble, nous savons d'après une photographie qu'en 1941 il est déjà construit. Il a donc pu être construit entre 1938 et 1940.

Nous savons aussi d'après le même dossier d'archive que Eugène Rohmer est bien l'auteur des immeubles mitoyens 4 et 6 rue de la Division Leclerc (anciennement rue des Francs Bourgeois).

Tim Helmlinger et Eugène Rohmer n'ont jamais formellement travaillé ensemble. Les deux architectes se connaissaient puisqu'ils ont fait leurs études ensemble à l'école régionale d'architecture. L'immeuble construit ressemble vaguement au projet de Tim Helmlinger avec d'importantes différences : un entresol a été ajouté au dessus des arcades, on ne trouve plus que deux fenêtres au lieu de trois au niveau des oriels, l'étage en attique du sixième a été supprimé et l'effet de la « tour » a été largement minimisé. A la place, on y trouve de grandes lucarnes et des œils de bœufs. L'oriel côté rue des Francs Bourgeois a été déplacé d'une travée, atténuant davantage la verticalité de l'angle. La façade côté rue de la Chaîne a également été très modifiée, on y trouve beaucoup moins de fenêtres.

Globalement la façade est plus sobre, d'une modernité moins assumée, moins dans le style Art Déco.

Qui a réalisé ces modifications ? Paul Dopff, l'architecte de la Ville ? Eugène Rohmer ?

Nous avons du mal à croire que ce soit Tim Helmlinger lui même qui ait apporté ces simplifications.

Est ce que l'affaire Lepain-Schaaf a porté un coup de grâce au projet de Tim Helmlinger, malgré le soutien opiniâtre de l'administration ? Une indemnité a t-elle été proposée pour abandonner le projet en l'état ?

Nous n'avons pas la réponse à ces questions. Nous supposerons que c'est Eugène Rohmer qui a repris le dossier et apporté les modifications puisqu'il assure la construction des n°4-6 dans le même esprit une quinzaine d'années après.

Façade arrière (rue de la Chaîne)

Ravalement du n°2

Date 3/2016

Ravalement en cours

Références

  1. Archives de la ville et de l'Eurométropole (Bibliothèque) - Cote 685 W 07
  2. Pour une étude plus approfondie du commanditaire Jean Muller, voir le Mémoire de Master « La production architecturale de Tim Helmlinger dans les années 1930 à Strasbourg », Amandine Clodi, 2015, pages 107-108
  3. Archives de la ville et de l'Eurométropole (Bibliothèque) - Cote 152MW20