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Archi-Wiki β

Actualité:De l'efficience au service de la vérité et du changement climatique

29/01/2019


L'Atomium à Bruxelles

Nous vous proposons à travers le site d'architecture Archi-Wiki de comprendre en quoi l'efficience collaborative aboutit à un résultat plus efficace que la compétition, l'égoïsme ou la rareté des données, pour la recherche de la vérité. Nous tenterons aussi de démontrer que l'efficience est écologique car elle a un impact faible sur l'environnement par rapport à d'autres moyens d'accès traditionnels (se déplacer pour accéder aux données) ou via des sites commerciaux aux données « fermées ».

Quel architecte se cache derrière les façades qui rythment notre quotidien ? Quand ont été construits les édifices qui nous entourent ? Quels styles leur attribuer ? Quelle est leur histoire ?

C'est à ces questions simples mais pas souvent évidentes que se propose de répondre Archi-Wiki depuis son origine.

Les immeubles sont des livres de pierres1, à la manière d'un archéologue du bâti ou d'un historien de l'art, les contributeurs recherchent les indices et les sources permettant de dater les bâtiments. Le plus souvent les édifices sont documentés à l'aide de sources multiples, parfois qui se contredisent. La vérité qu'on croit affirmative une fois le livre refermé est remise en question par d'autres sources, d'autres recherches, d'autres questionnements. La vérité tôt ou tard advient, mais le doute persiste quand on ne trouve pas de sources qui étayent une intuition. La vérité c'est l'essence du site, elle est notre Graal.

Derrière cette recherche, à première vue naïve, de recensement collaboratif systématique, sans exclusion de style ni d'époque, il y a une idée. L'idée c'est d'offrir un contenu, libre, fiable et réutilisable.

Mais pourquoi ? C'est une certaine idée du monde, utopique peut-être, mais réaliste car ce contenu est déjà là, consultable, réutilisable. Notre époque nous offre tous les outils pour fournir un contenu de qualité, libre et gratuit. Le contenu proposé actuellement sur Archi-wiki n'est peut-être pas toujours fiable, ni complet, mais il est en voie de l'être : tout un chacun peut améliorer ce qui existe. Celui qui critique le contenu ou n'est pas d'accord, peut le modifier en indiquant ses sources.

L'idée c'est que chacun puisse se servir de cette base de données comme d'un compost partagé que chacun utiliserait pour cultiver son jardin, faire ses propres recherches.

Archi-Wiki n'est pas et ne sera jamais, par essence, un état définitif. Il n'a pas la prétention d'être la source ultime. Au contraire Archi-wiki a l'ambition d'être un commencement : une recherche, un clic et une première source, une piste vers un au-delà, d'autres recherches.

Que le site serve au chercheur, au journaliste, à l'étudiant ou au simple curieux de passage, tant mieux. Notre objectif est de proposer un outil efficient, qui soit le plus exhaustif possible tout en fournissant un contenu de qualité le plus proche possible de l'état actuel des connaissances du bâti qui nous entoure. Le site s'inscrit, comme Wikipédia, dans la création d'un bien commun, librement réutilisable.

Nous démontrerons aussi dans cet article qu'un site efficient et économique est aussi performant d'un point de vue écologique.

En quoi Archi-Wiki est-il efficient ?

D'abord qu'est-ce que l'efficience ? C'est atteindre le résultat attendu avec les meilleures performances. Par performance, on entend l'utilisation d'un minimum de ressources que ce soit temporelles (temps d'accès à l'information), matérielles, financières ou écologiques.

Prenons un exemple simple : vous faites tomber un objet dans une piscine privative. L'eau est trouble, vous ne voyez pas l'objet à l'oeil nu. Pour retrouver votre objet, vous videz la piscine. Au bout d'une heure la piscine est vide, vous avez récupéré l'objet.

Dans cet exemple, vous avez été efficace, mais pas efficient. L'objet est là, mais la piscine est vide. Écologiquement et financièrement, c'est une catastrophe.

Un comportement efficient devant un tel cas de figure serait, par exemple, d'utiliser une raclette de piscine et une épuisette afin de pousser l'objet sur un bord et le récupérer.

Réalisé méthodiquement, vous pourriez récupérer votre objet au bout de quelques minutes sans avoir utilisé la méthode extrême du vidage complet.

Autre méthode, un nageur pourrait plonger avec un masque et un tuba, et scruter le fond de la piscine jusqu'à retrouver l'objet.

Coût réduit pour la collectivité et accès immédiat et gratuit

Archi-Wiki est efficient car il permet, pour un coût faible pour la collectivité (c'est à dire les institutions publiques), d'avoir un outil en ligne accessible gratuitement et par tout le monde.

Archi-Wiki favorise la création d'ouvrages et d'articles en faisant gagner du temps.

Nous nous réjouissons lorsque de nouveaux livres paraissent, malheureusement une partie infime de ces ouvrages sera lue ou achetée, soit par manque de temps, de moyens ou par méconnaissance.

Internet est un média complémentaire des ouvrages papier et autres supports où l'information est accessible (institutions, conférence, journaux etc.).

Internet est une révolution au même titre que l'a été, au XVème siècle, l'imprimerie. Le coût du support sur internet est infiniment moindre qu'un ouvrage papier. On peut trouver des ouvrages à zéro euro sur internet (ebooks dans le domaine public) ce qui serait impossible à proposer pour un éditeur classique même pour un livre dont les droits sont échus (en général ce type de livre est à 2/3 euros).

Mais internet rajoute une dimension. Si l'imprimerie a permis de diffuser en masse le savoir, à moindre coût, et facilité l'apprentissage de la lecture par le plus grand nombre, internet et plus généralement l'informatique a permis aux gens d'écrire pour être lu. On le voit avec le succès des blogs et maintenant les réseaux sociaux, les gens aiment écrire et partager leurs expériences.

Un réseau social comme facebook n'est pas efficient en termes de diffusion du savoir car une grande partie du contenu n'a pas d'intérêt et on y trouve une quantité importante de désinformation. Cela ne veut pas dire que facebook est inutile, l'outil permet de rester en contact avec des personnes distantes, ou de diffuser des informations à ses « amis », ce qui n’est déjà pas si mal.

La notion de bien et de mal est vieille comme la naissance de l'homme sur cette terre, un outil est utile ou pas, en fonction de l'usage que l'on en fait ou que l'on y trouve. Il y a aussi des choses très bien à la télé! C'est au consommateur ou à l'utilisateur de choisir le bon usage qu'il fait des produits qu'il achète ou utilise.

C'est l'excès dans toute chose qui corrompt l'usage. L'usage du smartphone n'est pas un problème si l'on s'en sert quand il est utile, il devient un problème quand on l'utilise à table alors qu'on mange avec des amis et que plus personne ne se parle « en vrai ».

Dans la notion d'efficience, je l'ai dit, il y a une notion financière. Par financier, j'entends le coût mais aussi l'économie dans son premier sens, c'est à dire ne pas être dispendieux « économique ».

Un outil comme facebook coûte très cher en serveur2, il faut des millions de serveurs pour stocker toutes les informations. Chaque jour ce sont des milliards (!) d'images qui sont ajoutées. Comment l'internaute peut-il s'y retrouver dans ce flot d'informations ?

Facebook est un site édité par une société marchande dont l'objectif des concepteurs est que les internautes y passent un maximum de temps pour ajouter du contenu, le partager et ainsi affiner les goûts des utilisateurs. Ces profils hautement ciblés ont une valeur marchande extrêmement importante pour les annonceurs. Par exemple si quelqu'un dit qu'il a vu tel film au cinéma et que tant de personnes aiment ce film, il pourra être utile pour un annonceur (par exemple UGC ou Allociné) de faire une publicité pour un film du même genre dans un cinéma proche de chez soi, etc. On retrouvera ces publicités sur facebook ou d'autres régies publicitaires. En clair, si l'outil est gratuit, c'est que les informations produites par l'internaute sont génératrices de revenus3. Ce business on le sait, est très rentable.

Archi-Wiki a un fonctionnement totalement différent car l'enjeu est de faciliter l'accès à l'information, l'ensemble du contenu est accessible. Aussi le contenu est ordonné, classé, par ville, style, année, etc.

Le contenu ressemble plus à celui d'un dictionnaire ou plus précisément d'une encyclopédie de l'architecture des bâtiments et lieux des villes, cela en serait le but ultime.

Pour un éditeur papier classique, ce type d'édition n'a pas de sens. Il est matériellement difficile et sans intérêt de publier une série d'ouvrages sur tous les bâtiments d'une ville. Le contenu d'Archi-Wiki représente pour la seule ville de Strasbourg 12000 adresses, soit 24 ouvrages si on se limite à 500 pages par livre4. Ce type d'ouvrage ne serait financièrement pas rentable et d'autre part, pour être à jour, il faudrait le rééditer à intervalle régulier.

En bref un site internet se prête parfaitement à ce type de mission. Internet est donc parfaitement complémentaire au papier et aux institutions.

Les ouvrages papier permettent d'excellents livres de synthèse, monographie, dictionnaire ou encyclopédie sur des sujets ciblés. Quand il s'agit d'une base de données, d'un annuaire, d'un dictionnaire ou d'une encyclopédie généraliste, internet offre tous les avantages en offrant le confort des moteurs de recherche et des liens hypertextes.

Recensement systématique

C'est l'aspect qui frappe souvent le plus les professionnels : pourquoi a-t-on besoin de recenser tous les bâtiments ? N'y a-t-il pas une sélection à faire ?

Je l'ai dit dans la première partie sur l'efficience, le support-internet permet de stocker beaucoup plus d'information qu'un livre.

Mais au-delà du stockage et son aspect purement technique, quelle est l'idée derrière le recensement systématique ?

D'une part nous n'avons pas à juger de ce qui est intéressant ou non. Le contributeur n'étant pas forcément un professionnel, il n'a pas la qualité pour juger de l'intérêt d'un bâtiment. D'autre part, on le voit avec les ouvrages papier, les avis des professionnels sont parfois subjectifs et sujets au temps, aux modes. Ainsi Georges Foessel, ancien archiviste aux Archives de Strasbourg décrivait dans un ouvrage5 comme regrettable certaines démolitions ou « d'une consternante médiocrité » certaines nouvelles constructions. Un professionnel peut émettre ce type de jugement, mais il prend le risque d'être obsolète avec le temps ou émettre un point de vue subjectif. L'histoire est le seul juge en définitive.

Archi-Wiki doit donc recenser des faits et se baser sur des sources fiables.

Le recensement systématique permet d'obtenir des informations sur des bâtiments que l'on ne retrouve pas forcément dans la littérature pour des raisons multiples.

Par exemple à Strasbourg, il existe, à ce jour, peu d'ouvrages dédiés aux années 1930 ou les années après-guerre, en particulier pour le bâti résidentiel, alors que les grands ensembles, les logements sociaux, la vieille ville, la Neustadt, ont été davantage étudiés.

Archi-Wiki prend donc de l'avance sur les publications et offre de la matière aux chercheurs. Notre démarche est proactive et s'assimile à de la recherche-action sur le terrain et dans les institutions pour les recherches (bibliothèques, archives..).

Citoyen : point de vue subjectif, superficiel et point de vue objectif, en profondeur

Mais aussi et surtout Archi-Wiki est utile pour les particuliers désireux d'en savoir plus sur leur maison. Il est très valorisant pour un occupant ou ancien occupant de trouver sa maison ou son immeuble sur un site d'architecture dont l'information est présentée de façon neutre, dépassionnée, sans jugement (hormis ceux que l'on trouve dans les écrits professionnels).

Bien souvent les habitants n'ont qu'une vision historique ou patrimoniale de leur quartier sous le prisme des bâtiments remarquables ou de la « grande Histoire ». Au contraire, faute de sources existantes, ils ne savent pas grand chose de l'histoire des bâtiments et des lieux qui les entourent.

Un particulier désireux d'en savoir davantage peut grâce à Archi-Wiki connaître l'année de construction, le style ou l'architecte de son immeuble. Cette vision « en profondeur », « en relief » et transversale permet de découvrir d'autres constructions du même architecte, ou d'être plus précis dans la datation d'un bâtiment. Il n'est souvent pas simple pour un non-professionnel de distinguer un bâtiment construit vers 1900 ou 1930 et c'est encore plus difficile pour les époques anciennes.

Bien souvent un profane, quand il voit un bâtiment, dit simplement qu'il est « beau » ou « moche » que le bâtiment est « ancien » ou « moderne ». En offrant un contenu plus complet, on permet au citoyen d'aller plus en profondeur, en nuances, en allant plus loin que les notions superficielles, manichéennes ou populaires.

Le recensement systématique, sur un support numérique, permet de réassocier des données qui sont normalement situées sur des supports ou dans des domaines différents. Par exemple, on peut traiter pour le même bâtiment, d'histoire, d'histoire de l'art, d'architecture, d'archéologie ou encore d'art contemporain (sculpture en façade ou dans la cour par exemple).

Ce recensement systématique, plutôt que de constituer une tare ou faiblesse du site, en a fait son succès.

A l'origine du succès du site : la « longue traîne »

Le support internet se prête parfaitement à ce type de recensement systématique, surtout à l'heure du « bigdata » ou ce qui fait la valeur d'un site (et souvent son modèle économique) ce sont ses données.

Archi-Wiki utilise le principe de la longue traîne6 qui a fait le succès d'Amazon dans un registre commercial. Le principe de la longue traîne, appliqué à Archi-Wiki, c'est qu'un bâtiment peu connu a plus de chance d'être trouvé sur le site via un moteur de recherche type google qu'un bâtiment très connu comme la Cathédrale où l'on trouve des milliers de sites qui en parlent. En cherchant sa maison ou son immeuble dans un moteur de recherche, on a donc de fortes chances de tomber sur Archi-wiki si le bâtiment est recensé.

Le résultat théorique du recensement systématique, appliqué à toutes les villes, c'est la création d'une immense base de données (bigdata), ordonnée, reflet architectural du bâti mondial et utilisable pour de multiples autres projets.

Paradoxalement, la création d'une base de données universelles nous montre qu'au-delà des frontières, des différences culturelles et architecturales, les villes sont proches dans leur conception (réseau viaire, place, urbanisme) et besoins (en logements, commerces, bureaux...), ce qui les relie ce sont les hommes, les bâtisseurs, la nature humaine et notre destin commun.

Ecologie des données

Le changement climatique est le grand enjeu du XXIème siècle. L'efficience n'a aucun sens si on ne se pose pas la question de savoir si le modèle est le bon d'un point de vue écologique. En quoi un site d'architecture peut-il être qualifié d'écologique ?

Par essence le site est écologique, car il est efficient tant en termes de contenu que d'un point de vue économique. Le contenu, c'est à dire les données, sont ordonnées, classées et réutilisables. Le contenu est « économique » car on n'y trouve pas n'importe quoi, une méthodologie7 élaborée au fil du temps a permis de définir ce qu'on trouve sur le site et comment le présenter. On peut parler d'une écologie des données ou de « données vertes ».

Ce n'est pas parce que les données sont stockées sur un serveur qu'elles sont nécessairement « vertes », bien au contraire, de nombreux sites ne sont pas écologiques du tout parce-qu’ils font un usage dispendieux de l'information.

Par exemple un site comme Facebook n'est pas « écologique » ou « économique » car on peut y stocker tout et n'importe quoi, tout et son contraire et même de la désinformation ou des informations délibérément fausses. L'information y est organisée par utilisateurs sur le mode du « cercle d'amis ». Le moteur de recherche est opaque et ne permet pas de retrouver de façon efficiente l'information puisqu'une grande partie y est invisible à l'ensemble des utilisateurs. Facebook est extrêmement consommateur en ressources énergétiques8, malgré tout, il remplit avec efficacité sa principale fonction de réseau social (garder le contact avec sa liste d'amis) et, est très rentable pour ses actionnaires.

Archi-Wiki est un site très modeste, pourtant dans son domaine à l'échelle de Strasbourg, le contenu y est déjà très important. Près d'un bâtiment sur deux est recensé avec dans la majorité des cas des informations qualitatives comme l'architecte et l'année de construction. L'hébergement 24h/24 365j/365 ne consomme pas plus de quatre pleins d'essence par an9. Or si un particulier voulait reconstituer l'ensemble du contenu du site, il faudrait y consacrer bien davantage de temps et d'énergie. La mutualisation du contenu via un site internet public permet de gigantesques économies de temps et d'énergie.

Concrètement, aller chercher l'information sur Archi-Wiki (ou tout autre site offrant le même service), est beaucoup plus écologique que d'aller faire une recherche individuelle aux Archives ou en bibliothèque, en se déplaçant (même en tram) en gardant pour soi l'information. A partir du moment où l'information est partagée, elle est plus « écologique » qu'une information gardée « jalousement » pour soi. Bien évidemment, dans cet exemple, cela ne dispense pas d'aller aux Archives ou en bibliothèque, dans le cas où l'on veut creuser ses recherches. Archi-Wiki n'a pas vocation à mettre en ligne tout le contenu des dossiers d'archives ou des ouvrages, mais cela donne une idée du sens de l'écologie d'un site internet dont le contenu est réellement public (sans partie cachée ou réservée aux membres).

A terme, l'utilisation généralisée du partage des données et l'accès à la connaissance, permettra aux institutions d'offrir d'autres services aux citoyens. Des citoyens mieux informés, mieux éduqués, auront d'autant plus de raisons d'éplucher les sources et les archives, c'est un cercle vertueux vers la connaissance, vers la vérité.

Paradoxalement, l'abondance de contenu, dans le cadre d'un recensement systématique efficient, est synonyme d'écologie. La raison c'est qu'une fois le contenu partagé, la dépense d'énergie pour y accéder est marginale par rapport à l'énergie dépensée pour chercher l'information, la mettre en ligne et la rendre publique. Jean-Baptiste de Foucauld dans un ouvrage parle d'abondance frugale10, le contenu d'Archi-Wiki s'inscrit dans la même démarche, dans la même vision économique et écologique : faire plus avec moins.

Données « fermées » et données « ouvertes »

J'ai volontairement donné l'exemple d'Archi-Wiki et Facebook pour comparer les deux sites car ce sont deux philosophies radicalement différentes, d'un côté des données ouvertes où tout le contenu est accessible, de l'autre des données fermées, dénuées de sens d'un point de vue organisation des données, sauf pour les algorithmes du bigdata qui exploite ces données à des fins publicitaires.

Des données ouvertes sont plus efficientes que les données fermées car elles sont libres d'accès, de multiples utilisateurs se connectent pour en récupérer le contenu qui est le même pour tous. A l'inverse, les données fermées sont accessibles soit par mot de passe, soit payantes, ou le plus souvent accessibles de façon partielle, on n'en connaît pas la globalité du contenu. Les données fermées sont accessibles via un algorithme sophistiqué qui cible les besoins des internautes pour afficher de la publicité (que ce soit sur le même site ou d'autres, via les régies publicitaires). Les données fermées sont comme une boite noire dont on ignore ce qui est fait des données de connexion et des recherches (exemple : Google, Facebook).

A l'inverse, lorsque les données sont ouvertes, l'ensemble du contenu est accessible et dans l'idéal, les données de connexion ne sont pas exploitées pour un usage commercial. Dans les domaines qui nous intéressent ce sont les exemples d'OpenStreetMap, Mérimée, Gallica, etc

L'efficience et la coopération sont des valeurs d'avenir puisqu'elles sont compatibles avec la nature de notre monde et donnent des résultats plus performants que la compétition pour l'accès aux données.

Conclusion

Bien évidemment l'association Archi-Strasbourg n'a absolument pas l'ampleur financière, technique et humaine nécessaire pour construire cette base de données architecturales mondiales que j'évoque dans cet article. Plusieurs sites commerciaux ou non existent déjà sur ces sujets mais ils sont, comme Archi-Wiki, largement « en construction » quant au contenu11.

Nous avons fait le choix de la coopération pour co-construire le contenu car nous pensons que c'est la manière la plus efficiente pour arriver au résultat attendu, c'est-à-dire un maximum de contenu de qualité. Chaque être humain a ses propres affinités, ses goûts, ses préférences et spécialités, à l'image des bâtiments, de leurs fonction et de leur style.

Au-delà de l'aspect strictement humain de la coopération, l'efficience d'un site, c'est en maîtriser les aspects techniques, tant pour les développements que les sauvegardes. Les progrès des sites internet ne sont finalement pas si différents des progrès qui ont été réalisés dans l'imprimerie au fil des siècles. Le recensement systématique n'était pas envisageable dans un livre, il en est l'essence pour un site collaboratif. Deux supports, deux conceptions dans la façon dont les données doivent être organisées et rendues accessibles.

L’enjeu d'un point de vue humain, c'est de s'entendre et de travailler en bonne intelligence en respectant le travail de l'autre, que ce soit au sein d'Archi-Wiki ou en dehors du site. Car ne nous faisons pas d'illusion, Archi-Wiki ne peut pas se passer des institutions existantes, le site en dépend. Les institutions représentées par les professionnels qui les composent sont productrices d'un contenu (ouvrage, conférence, exposition...) que nous utilisons. D'autre part, le site étant gratuit et sans publicité, le financement dépend en grande partie des financements publics12.

Mais Archi-Wiki n'est pas pour autant une collection de paraphrases, il s'agit d'un contenu véritablement nouveau, croisement des sources et d'archives souvent inexploitées, présenté sous le prisme du bâtiment ou de l'architecte. Son contenu s'apparente - ou tend - davantage à une encyclopédie des bâtiments et des lieux. Bien évidemment un site collaboratif peut aussi présenter des pages de synthèse comme le feraient des auteurs dans un livre.

Naïf, subjectif et non sourcé à son origine (en 2004), le contenu s'est, au fil du temps, enrichi et est devenu crédible au point d'être réutilisé dans certaines sources professionnelles. C'est la récompense du contributeur, apprendre en contribuant, car on comprend mieux ce que l'on cherche soit-même et rédige, et voir ses recherches réutilisées par d'autres dans des ouvrages ou d'autres sites.

Cette expérience collective est intergénérationnelle, les contributeurs sont tout autant des étudiants, des actifs ou des retraités. La différence d'âge devient une force car chacun apporte son expérience à l'autre, chacun a ses qualités. Le recensement collaboratif donne à chacun, comme le dirait Pierre Rabhi13, l'occasion de faire sa part, de contribuer à d'édification d'un monde meilleur fait de davantage de solidarité. Un contenu libre et gratuit atténue les inégalités car il offre les mêmes chances d'accès au savoir.

C'est peut-être un idéal que nous poursuivons, une certaine idée du monde, de partage et de solidarité, une nouvelle façon d'envisager nos rapports humains. Les utopies d'hier sont les réalités d'aujourd'hui. Ce que nous construisons sur Archi-Wiki n'est qu'un commencement que nous devons continuer ensemble, tant avec la société civile, les entreprises que les institutions, car tout le monde a à y gagner.

Au moment où le dogme du capitalisme montre jour après jour ses limites, en termes de croissance et de pollution, induites par la mondialisation, il est temps dès aujourd'hui d'envisager de nouvelles solutions locales plus efficientes où les citoyens seraient acteurs.

A une époque où le repli sur soi et l'égoïsme sont omniprésents dans notre société, il est important d'offrir des outils permettant de partager et de concevoir le monde différemment, avec d'autres valeurs. Aujourd'hui plus que jamais avec le changement climatique que nous vivons, nous avons besoin de mettre l'efficience au service de la vérité.

Fabien Romary
Fondateur d'Archi-Wiki

Références

  1. C'est ce qu'écrivait Victor Hugo à propos de Notre-Dame de Paris au XIXème siècle
  2. Les serveurs permettant l'hébergement des données
  3. Voir l'ouvrage de Chris Anderson « Free ! Entrez dans l'économie du gratuit », 2009
  4. En moyenne une adresse représente une page avec les photos et le texte
  5. Strasbourg de la Belle Epoque aux Années Folles, Edition Mémoire d'Alsace, 2002
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Longue_traîne [archive] voir aussi Chris Anderson qui a théorisé ce sujet dans un ouvrage « The Long Tail », La longue Traîne
  7. Aide:De_la_Méthodologie Evidemment cette méthodologie est évolutive au fil de l'évolution du contenu
  8. Malgré l'utilisation d'énergie renouvelable le concept même du site est énergivore. Voir : https://www.numerama.com/tech/412268-facebook-promet-de-nutiliser-que-des-energies-renouvelables-dici-2020.html [archive]
  9. En 2017 j'avais consacré un article à ce sujet : Actualité:Consommation_de_notre_serveur
  10. L'abondance frugale, Jean-Baptiste de Foucault, 2010, Odile Jacob
  11. Le plus gros site commercial sur le sujet, Emporis [archive] en recense 500000 mais avec une qualité de contenu inégal
  12. Ce qui ne doit pas empêcher, au contraire, de soutenir le site via des dons ou en devenant membre de notre association
  13. La part du Colibri, Pierre Rabhi, 2006