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Contribution ou travail gratuit ?
Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil ?


Une récente conversation avec un ami m'a fait réaliser qu'il existe un amalgame entre les sites collaboratifs traditionnels de type Wikipédia et ceux « commerciaux » du type Google, facebook ou Amazon.

Sans que nous n'en ayons parfois conscience, les sites commerciaux les plus connus comme « Google », « facebook », « Amazon », fonctionnent sur un mode contributif (ou collaboratif), leur modèle économique repose en partie sur la contribution gratuite des internautes. C'est pourquoi on entend parfois l'expression « main d'oeuvre gratuite » sur les sites collaboratifs.

Pour simplifier, il existe deux types de sites collaboratifs :
  • ceux qui  utilisent la contribution comme une main d'oeuvre gratuite comme modèle économique
  • ceux qui utilisent la contribution comme un moyen d'entraide et de solidarité pour créer un bien commun réutilisable.


La différence entre ces types de sites peut paraître très importante, pourtant, en surfant, on ne remarque pas toujours que l'on « contribue »... le système est pervers et la gratuité apparente des sites fait que c'est nous le produit en finalité

1. La « contribution inconsciente » ou « main d'oeuvre gratuite » sur les gros sites marchands

Pour expliquer cet aspect assez méconnu, voire inconscient, de la contribution aux sites marchands je vais donner quelques exemples de sites et en expliquer dans les grandes lignes le fonctionnement.

  • Google


Dans Google les recherches sont une forme de contribution. En tant qu'utilisateur nous fournissons la matière première au site, qui est comme chacun le sait inversement plus compliqué que ne le laisse penser sa page d'accueil.

Sur Google nos recherches sont enregistrées pour fournir de puissantes statistiques et afficher de la publicité ciblée. Par exemple, si on tape « hôtel Montréal » dans Google, il y a de fortes chances que dans plusieurs pages vous voyiez de la publicité fournie par Google (AdWords) s'afficher.

Au fur-et-à-mesure des recherches, surtout si on a un compte Google connecté, les publicités sont de plus en plus ciblées.

  • Google Maps
Les lieux affichés sont fonction, entre autres, de ce qu'ont payé les annonceurs. En clair, un annonceur payant a plus de chances d'être affiché qu'un lieu recensé qui n'a rien payé (exemple : partenariat entre Google et le site « booking »).

Les photos qui sont uploadées dans Google maps sont ensuite affichées sur la carte Google ; ce qui augmente l'intérêt pour les internautes d'utiliser le site.

Depuis quelques mois Google Maps « récompense » les internautes qui contribuent le plus avec des « médailles virtuelles » et quelques fonctionnalités supplémentaires.

  • Google Mail, Docs...


Les données de vos mails, documents sont scrutés à la loupe par les « robots » de Google afin d'affiner votre profil, en plus de vos recherches sur le moteur. Comme beaucoup de gens ont un « compte Google » il est facile pour Google d'avoir une masse considérable d'informations sur nous !

  • Facebook
Facebook est le réseau social par excellence dont le fonds de commerce repose principalement sur les contributions des internautes. Tout est fait pour simplifier l'ajout d'informations et la mise à jour de son « statut ». La facilité d'ajouter des « amis » permet de créer de vastes cercles personnalisés qui sont une manne pour les annonceurs publicitaires. Pour l'annonceur, un profil facebook peut valoir 20-30 ou 40 euros, voire beaucoup plus si vous êtes un client potentiel pour acheter un yacht ! 3

La force de facebook c'est que, comme Google, l'ensemble des outils sont gratuits, rendent de grands services aux utilisateurs, sont bien conçus, technologiquement à jour, du coup, une écrasante majorité de personnes est satisfaite et continue à utiliser ces services, même s'ils savent que les données sont exploitées par des sociétés commerciales. Je vous rassure, j'utilise moi-même ces sites, il faut juste être conscient de l'usage commercial et ne pas y mettre n'importe quoi !
  • Amazon


La contribution sur Amazon repose sur plusieurs aspects. D'abord les commentaires et notes des clients. En laissant des commentaires, les clients donnent du crédit (ou pas) aux produits et contribuent à ce qu'ils se vendent mieux (ou pas). C'est en quelque sorte une sélection naturelle, « une loi du plus fort » pour l'objet à vendre. Les clients qui laissent le plus de commentaires et donnent les avis les plus « objectifs », reçoivent même des produits à tester !

Mais la contribution, ce sont les marchands eux-mêmes qui la font ! En effet Amazon est un site multi-marchands, c'est-à-dire que n'importe quelle société peut vendre des produits. En ajoutant la possibilité d'ajouter des produits à vendre, le site ajoute de l'offre et ainsi de l'attrait pour sa plateforme

  • sites de vente : Ebay, leboncoin

sur les sites de vente d'objets, voire de location/vente immobilière, c'est encore une fois le vendeur/bailleur qui ajoute lui-même les produits et donc contribue à augmenter le contenu de la plateforme.

Finalement le métier de tous ces sites, c'est d'être connus, fiables et performants dans leur spécialité. Le contenu c'est vous, c'est nous, qui le fournissons, c'est donc nous qui fournissons gratuitement une partie, voire une grande partie de la main-d'oeuvre.

En apparence le fonctionnement est gagnant/gagnant car il permet d'être plus réactif (mise en ligne très rapide) tout en proposant la gratuité des services proposés sur certains sites (comme Google ou facebook).

2. Les sites collaboratifs « traditionnels »

Les sites collaboratifs traditionnels, que l'on peut aussi qualifier de « solidaires » sont basés sur l'entraide entre contributeurs. La différence est énorme avec les sites de la première catégorie qualifiés de « commerciaux ».

Sur les sites collaboratifs traditionnels il n'y a pas de rapport marchand, pas de produit à vendre. En clair, vos données ne sont pas revendues pour maximiser les rendements publicitaires.

Nous allons ici donner quelques exemples de sites.

  • Wikipédia

C'est le site collaboratif « classique » le plus connu. Le site se finance à l'aide de dons à travers l'association Mediawiki.

L'objectif est de créer une base de données encyclopédique avec un contenu libre et réutilisable par tous, y compris les images.

  • Wiktionary

Il s'agit d'un dictionnaire collaboratif qui fonctionne sur le même principe que Wikipédia, à l'aide du moteur Mediawiki
  • Archi-Wiki

Archi-Wiki est un site collaboratif sur l'architecture et l'histoire des villes à travers ses bâtiments. Les données (c'est-à-dire le contenu du site) sont également libres, gratuites et réutilisables.

Aucune donnée n'est exploitée, ni revendue pour afficher de la publicité, c'est pourquoi on peut également le qualifier de site collaboratif traditionnel. L'objectif est de créer un bien commun partagé, à l'ensemble des internautes qu'ils contribuent ou non.

Un site n'a pas forcément besoin de fonctionner sur le mode du « wiki »4 pour être qualifié de « collaboratif traditionnel ». Un site peut aussi être collaboratif, par exemple, sous la forme d'un forum d'entraide.

A l'inverse, un wiki peut aussi être qualifié de commercial si les données sont ensuite revendues ou non réutilisables.

3. Et les autres sites ?

Du fait de son efficacité le mode contributif est de plus en plus utilisé sur les sites. Les internautes sont de plus en plus souvent invités à participer, que ce soit sous forme de commentaires ou de rédactions d'articles ou d'avis. Les sites vitrines (c'est-à-dire statiques) n'existent pratiquement plus depuis une dizaine d'années déjà.

Nous donnons ici quelques autres sites qui reposent sur l'expérience utilisateur, qui sont gratuits, mais se financent par des liens ou échanges commerciaux pour exister / se financer.

  • Babelio

Babelio est un site communautaire pour les lecteurs. Les lecteurs sont invités à donner leur avis sur les livres qu'ils ont lu.
Le site est édité par une société et se rémunère par des commissions sur les livres que les lecteurs achètent en cliquant sur des liens vers d'autres plateformes de vente (comme Amazon ou la Fnac par exemple).

  • Tripadvisor


Tripadvisor est un poids lourd du genre, il permet de rechercher ou donner un avis sur un hôtel, un restaurant, un site touristique...

Les avis sont très nombreux, le site se rémunère grâce à des partenariats (lien sponsorisé) avec les hôtels, restaurants, etc5

Conclusion

Du fait d'une certaine opacité, il est souvent difficile de savoir comment les sites se rémunèrent et quel est le poids des contributions dans leur fonctionnement. Parfois, sur Google ou facebook, on contribue sans s'en rendre compte.

Idéalement il faudrait prendre le temps de lire les conditions générales relatives aux données ou les « qui sommes nous » au moins pour les sites que l'on utilise le plus souvent ou sur lesquels on contribue.

A service égal, il vaut mieux contribuer sur un site géré par une association à but non lucratif plutôt que sur un site commercial. Le problème des données sur les sites commerciaux c'est qu'elles appartiennent bien souvent aux sites, on ne peut donc pas les réutiliser.

On ne peut pas qualifier de façon péjorative de « main d'oeuvre gratuite » la contribution sur un site collaboratif solidaire (Wikipédia & co) dans la mesure où le site ne génère aucun chiffre d'affaires (rien à vendre). A l'inverse les sites commerciaux, petits ou grands, utilisent bien la contribution, c'est-à-dire la « main d'oeuvre » des internautes comme fonds de commerce.

Tout est une question de mesure et il vaut mieux une diversité d'acteurs avec de nombreux sites solidaires ou blogs et des « petits » sites commerciaux rendant service plutôt qu'une planète web dirigée par quelques géants de l'industrie numérique (comme les GAFAM6) qui en savent plus sur nous que nos meilleurs amis...

Fabien Romary
Président d'Archi-Strasbourg

4https://fr.wikipedia.org/wiki/Wiki

 


 
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